Aérosols en soins des pieds : comprendre le risque pour mieux s'en protéger

Qu'est-ce qu'un aérosol?

Un aérosol désigne un ensemble de très fines particules solides ou liquides en suspension dans l'air. On distingue généralement les gouttelettes, dont le diamètre dépasse 100 microns et qui retombent au sol en quelques secondes, des aérosols fins, sous ce seuil, capables de demeurer en suspension plusieurs minutes voire plusieurs heures selon la ventilation, et des particules ultrafines, sous 5 microns, qui peuvent pénétrer profondément dans les voies respiratoires. En clinique, une fraise tournant entre 20 000 et 40 000 tours par minute génère inévitablement un nuage de particules issues de l'ongle et de la peau traités.

Les particules ultrafines, celles qui pénètrent le plus profondément dans les poumons, mesurent moins de 5 microns : environ 15 fois plus fines qu'un cheveu humain, et invisibles à l'œil nu.

Ce que contiennent ces aérosols

Le fraisage produit un mélange de poussière de kératine, de fragments d'ongles, de peau morte, de spores fongiques, de bactéries, de particules de crème ou de désinfectant, et parfois de sang microscopique ou de liquide biologique, même en l'absence de saignement visible.

Le cas des champignons

Les mycoses de l'ongle constituent probablement la source biologique la plus fréquente rencontrée en pratique. Une onychomycose contient typiquement des dermatophytes, parfois des levures ou des moisissures, et le fraisage d'un ongle infecté libère spores, fragments d'hyphes et poussière contaminée qui peuvent rester en suspension avant d'être inhalés. Cette réalité n'est pas hypothétique : une étude menée dans dix-sept cliniques de podiatrie à Madrid a détecté la présence de Trichophyton rubrum et de Trichophyton interdigitale dans l'air ambiant lors des procédures de fraisage, avec une association statistiquement significative entre la suspicion clinique d'onychomycose et la présence de ces dermatophytes dans l'air. Une étude australienne portant sur la poussière d'ongle recueillie en clinique a par ailleurs trouvé des dermatophytes dans 86 % des échantillons analysés, et certains travaux ont montré que cette poussière fongique peut stimuler une réponse inflammatoire des voies respiratoires. Un professionnel exerçant plusieurs décennies accumule donc une exposition répétée sur des milliers d'heures de pratique.

Un saignement visible n'est pas nécessaire pour qu'un aérosol contienne du matériel biologique : des microgouttelettes de sang ou de liquide biologique peuvent être projetées même lors d'un fraisage sans incident apparent.

Le cas des bactéries et des virus

On retrouve fréquemment Staphylococcus aureus, des staphylocoques cutanés, des streptocoques, Pseudomonas et Corynebacterium, en quantité variable selon l'état du pied traité, la présence d'ulcères, de fissures ou d'une infection active. Le risque viral est nettement plus faible, mais non nul en présence de verrues plantaires d'origine virale. La littérature l'établit surtout dans le contexte des vapeurs générées par le laser ou l'électrocoagulation, où de l'ADN viral a été retrouvé dans les fumées produites, et sur les limes utilisées pour le décapage des verrues, où l'ADN du papillomavirus peut persister. Les données spécifiques au fraisage rotatif demeurent plus limitées, mais la prudence reste de mise.

Où vont les aérosols et combien de temps y restent-ils

Les particules en suspension peuvent être inhalées ou se déposer progressivement sur les surfaces de la salle de traitement : meubles, lampe, poignées, écran, fauteuil, instruments, vêtements, cheveux et masque. Le temps de suspension dépend de leur taille, de la ventilation, du renouvellement d'air et du taux d'humidité. Sans ventilation adéquate, les particules les plus grosses retombent rapidement, tandis que les plus fines peuvent demeurer en suspension pendant plusieurs dizaines de minutes, parfois davantage — contaminant progressivement l'environnement de travail.

L'aspiration : la protection la plus déterminante

Une aspiration performante capte les particules directement à la source, avant leur dispersion dans la pièce. Plus l'embout est rapproché de la zone de fraisage et plus le système est bien entretenu, plus la réduction de poussière ambiante est marquée. Les critères à privilégier sont un débit d'air élevé, une bonne dépression, un embout rapproché de la fraise, des filtres à haute efficacité, souvent de type HEPA ou équivalent selon le fabricant, ainsi qu'un remplacement régulier de ces filtres. Une étude a néanmoins rapporté qu'une exposition ponctuelle aux dermatophytes en suspension demeure possible à certains moments de la journée malgré l'usage d'un système d'aspiration, ce qui rappelle que celle-ci réduit le risque sans l'éliminer complètement.

Le rôle du spray

Certaines fraiseuses intègrent un système de spray à l'eau, qui offre un effet de refroidissement, un meilleur confort pour le patient et une diminution de la poussière sèche. Ce spray peut cependant créer un brouillard de microgouttelettes et accroître la dispersion de liquides si l'aspiration qui l'accompagne est insuffisante. Les systèmes combinant spray et aspiration efficace sont généralement préférables à un système de spray utilisé seul.

Les risques pour le professionnel

Une exposition chronique aux aérosols peut contribuer à de l'irritation oculaire, à de la rhinite, à des allergies, à une toux persistante, à de l'asthme professionnel, à une diminution de la fonction respiratoire chez les personnes sensibles, ainsi qu'à de l'irritation cutanée. Les professionnels exerçant plusieurs décennies sans aspiration adéquate représentent le groupe le plus exposé.

Réduire le risque en pratique

Les meilleures pratiques reposent sur l'utilisation d'une fraiseuse dotée d'une aspiration performante, le port d'un masque respiratoire adapté (un masque de type N95 ou FFP2 filtre davantage les particules fines qu'un masque chirurgical standard), le port de lunettes ou d'une visière, un bon renouvellement de l'air, le remplacement des filtres selon les recommandations du fabricant, le nettoyage des surfaces entre chaque patient, l'évitement de l'air comprimé pour disperser la poussière, ainsi que l'entretien régulier du système d'aspiration.

Ce que retient la littérature

Plusieurs constats reviennent de façon constante dans les études sur le sujet : le fraisage des ongles et de la peau produit des aérosols contenant des particules biologiques mesurables, une aspiration à la source réduit considérablement leur dispersion, une bonne ventilation complète cette protection sans la remplacer, et les équipements de protection individuelle prennent une importance particulière lors du traitement d'ongles mycosiques ou de lésions verruqueuses. Une stratégie efficace repose donc sur plusieurs mesures complémentaires — aspiration intégrée performante, filtration à haute efficacité bien entretenue, ventilation adéquate, port d'un masque adapté et désinfection systématique des surfaces — qui réduisent à la fois l'exposition du personnel, le risque de contamination croisée et l'accumulation de particules dans l'environnement de travail.

Académie nationale de médecine, Aspects cliniques bénins de l'infection à papillomavirus humains (HPV) — sur les vapeurs de laser et d'électrocoagulation liées aux verrues; EMC Savoirs et soins infirmiers (Elsevier), article sur les verrues — sur la persistance de l'ADN du papillomavirus sur les limes à ongles; International Journal of Environmental Health Research, vol. 33, no 2, 2021, « Fungal bioaerosol as an occupational hazard in the podiatrist's workplace » — sur la détection de dermatophytes dans l'air des cliniques podiatriques (étude de Madrid); Journal of the American Podiatric Medical Association, 111(5), 2021, « Fungal Lung: The Risk of Fungal Exposure to Nail Care Professionals » — sur la prévalence des dermatophytes dans la poussière d'ongle (étude australienne); Journal of the American Podiatric Medical Association, 112(5), 2022, « Toenail Dust as a Potential Occupational Hazard in Podiatric Medicine » — sur la réponse inflammatoire respiratoire à la poussière fongique.

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